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coups de gueule
RĂ©f : 1837 - Pseudo : Tartifloune - Age : 28 - Sexe : H - 12-01-2018 - Ville : Amiens - Pays : FRANCE
Je n'ai jamais combattu, je n'ai jamais résisté. Et voilà. Ce n'est pas ma faute si le monde s'enivre de cette étrange obscurité. Ce n'est pas la faute de ma génération, ni même de la génération précédente si l'espoir d'un avenir meilleur, véritablement démocratique, égalitaire et humain s'est étiolé progressivement, ou s'est attaché à une nouvelle idée du bonheur qui clôt les yeux et encourage le capital. Mais je pense bêtement, sans doute, aujourd'hui, à ceux qui vont me succéder, soit les enfants de mes amis qui découvrent seulement la vie, soit ceux plus mûrs que je côtoie dans les établissements scolaires. Que vont-ils faire de cette vie ? Comment prendront-ils ces paradoxes qui écartèlent les choses du monde, naissant de la friction entre la parole des médias et la réalité atroce des faits qu'ils diluent ? Feront-ils corps avec l'indifférence, voire complaisance, des gouvernements face aux inégalités sociales, ethniques, si visibles, si terribles ? Et même si ils arrivent à boucher leurs oreilles, à museler leurs paroles et à clore leurs yeux, la part d'humain qui est en eux, qui est irréductible et immortelle, combien se fissurera-t-elle ? Combien sont ceux qui au plus profond de leur être mourront de comprendre et de ne rien pouvoir faire ?
Mon inertie, je ne l'assume pas. Et je m'y abandonne. La montagne est immense dont il faut triompher, et elle ne présente aucune prise qui en faciliterait l'escalade.
Je me répète, ce n'est ni la faute de la génération précédente ni celle de la mienne si les injustices s'accumulent et font de ce siècle l'un des plus atroces de l'histoire de l'Humanité.
Les historiens pourront hurler de rire, les philosophes tâter la vacuité de ma colère, les esprits sensés appuyer sur le fait que tout homme un peu marginal, cuidant être vaguement lucide, sent dans son temps les prémices d'une décadence, miroir de son intime, unique et inévitable décrépitude ; un sentiment d'urgence pourtant m'étouffe qui me paraît bien anormal, puisqu'ayant bourgeonné dans un esprit comme le mien.
Je me présente, je suis un anonyme quasi trentenaire, rien d'extraordinaire n'étant entré dans mon existence. Je suis le plus pur produit de la Vème République, c'est à dire qu'une tradition de puissants ayant troqué le sceptre contre l'écharpe tricolore m'ont appris à comprendre, à intégrer puis à acquiescer à leurs désirs et ordres. Ma syntaxe même, mes mots, sentent l'école de la République, ainsi que mes tabous, et ma révolte.
Donc j'étais appelé à suivre paisiblement le cours d'une existence tracée au cordeau, de laquelle tout doute était d'emblée exclu.
Et pourtant sur cette terre factice a poussé une angoisse, cette angoisse, et je sens confusément palpiter à la racine de cette pauvre fleur tout un monde d'Hommes en souffrance, tout un charnier fait de ces héros martyrs et résistants, qui ont dit nombre de mots qui éclairent, qui ne s'épuisent pas, mais qui, parce qu'ils ne sont pas assez répétés, disparaissent.
Je me sens déstabilisé, la colère me hante alors. Oui la colère, contre moi-même qui ne me bat pas, contre la puissance outrancière et avide de l'État, des banques, des brasseurs d'argent qui nous conduisent et nous écrasent.
Et les griefs me viennent un à un, dans un désordre stupide, sans qu'aucun lien ne puisse être fait, de ces enfants, femmes et hommes qui fuient leurs pays en guerre, vivent mille épopées, pour mourir engloutis dans la Méditerranée, recroquevillés, gonflés, traînés dans les filets de pêche des chalutiers italiens, aux ouvriers français qui, au chômage, se battent, perdent, et se tuent, aux palestiniens qui meurent encore d'une guerre cinquantenaire, aux syriens qu'un chef tyrannique massacre impunément, à ces jeunes idéalistes qui vouent toute la puissance de leurs esprits naissants aux appels mystiques de l'État Islamique, cette bande d'Illétrés avides, eux comme tous, d'argent et toujours d'argent.
Je le sais, ce n'est rien de dire tout ça, c'est devenu une ritournelle de l'immonde, que l'on se répète avec une moue triste sur les trottoirs, dans les trains, derrière un café fumant.
Ce n'est rien et surtout pas les prémices d'un combat.
Je ne me suis jamais battu, je n'ai pas résisté, j'ai en quelque sorte accepté un état de fait qui au fond me déchire.
Parce que je crois que les peuples peuvent se gouverner d'eux-même, sans l'aide de nos brillants technocrates ; qu'il a en lui, et depuis toujours, l'épée flamboyante de l'opprimé : la puissance de création. C'est ma maman qui m'a soufflé cette idée, entre deux cigarettes : et si les riches tuaient tous les pauvres, que resterait-il de l'art ?
Parce que je crois que nous sommes humains, parce que je vois des citoyens français aider ces citoyens du monde en dérive, malgré l'interdiction formelle, et incroyablement fasciste, du gouvernement français, de porter secours aux immigrants sur nos côtes, dans nos montagnes.
Parce que, à la relecture de ce bloc, je sens que les réponses à mes questions ne me viendront pas d'elles-mêmes, que j'ai besoin de dialoguer, d'échanger, pour comprendre, que j'ai besoin de sentir combien j'ai tort peut-être, pour reconstruire mon regard, pour faire de cette négativité lucide, j'ose le croire, une positivité arme de changement.
Parce que je ne tiens pas, au fond, à léguer cet univers à mes enfants.
Voici le cri que je lance au plus profond de la grande toile.

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